Les fruits de Guinée. Par Paul Théa

La Guinée, avant son indépendance, était l’un des grands pays exportateurs de fruits ; des planteurs guinéens avaient des sigles comme « PIBA » de Monsieur Babara Sylla, le grand père des footballeurs Jean Pierre et Edgard Babara Sylla.

A cette époque, la radio à Conakry avait le doux nom de radio banane qui avait pour vocation essentielle, de parler du mouvement des navires qui exportaient les tonnes de fruits.

Pour la petite histoire, après l’indépendance de notre pays, cette radio pris le nom de radio nationale avant de devenir la voix de la révolution et les rares techniciens guinéens, à cette époque, firent des prouesses techniques pour faire marcher le peu de matériel laissé par les français.

Ainsi, fin 1960, le grand journaliste Emile Tonpapa alla faire un reportage à Kankan ; manque de pot, l’appareil d’enregistrement, le Nagra, tomba en panne.

Grand désespoir mais quelqu’un lui suggéra de l’amener chez un jeune technicien de la place qui se débrouillait bien ; Emile Tonpapa cru d’abord à une blague ; quelqu’un à Kankan capable de dépanner cette petite merveille de technologie ? Voyons.

Pourquoi ne pas essayer avant de renoncer au reportage ? Il se décida à aller dans cet atelier et à sa grande surprise, le technicien dépanna son Nagra.

« Ce n’est pas possible, un tel technicien ici ; ta place est à Conakry, le pays a besoin de cadre » s’exclama le journaliste. Voilà comment ce technicien débarqua à Conakry avec femme et enfants pour devenir un des meilleurs techniciens de l’histoire de la radio guinéenne ; son nom Togbo Gerard, qui n’est autre que mon père et moi j’étais bébé.

Un jour, je vous raconterai un pan de l’histoire de la radio guinéenne ; en attendant, revenons aux fruits.

Au changement de régime en 1984, les exportations des fruits de Guinée étaient pratiquement inexistantes par rapport à ce qu’elles furent et en fin 1985, si je ne me trompe, il y avait différents projets de relance des exportations fruitières.

En tout cas, une compagnie en France, me chargea de mener une étude sur le sujet. J’avais rencontré des planteurs à Conakry et Kindia ; des intermédiaires etc. Bref du beau monde. Le titre de mon rapport fut «le gâchis guinéen. »


Je ne suis plus dans ce domaine depuis belle lurette et en Avril 2012, lors de mon voyage en direction de la forêt, je faisais des arrêts devant des étalages de fruits et légumes pour photographier et filmer à condition de faire quelques achats me disaient les vendeuses.

A N’Zérékoré, une vendeuse de goyave m’a dit que ce qu’elle avait sur son plateau n’était rien à coté des quantités qui pourrissent sur leur champs.

J’ai eu en mémoire les explications d’une amie guadeloupéenne, qui me disait que chez elle, les gens font de la confiture, du jus et des pates de goyave.

La question que je me pose souvent est de savoir pourquoi les institutions internationales, les bailleurs de fond et autres donateurs ne font pas directement des lignes de crédit aux jeunes créateurs d’entreprise de chez nous?

Avec de petits ateliers on peut bien faire des jus faits maison ; pas besoin d’une industrie qui demande de l’électricité ; en tout cas trouver des solutions pour conserver ces fruits.

Connaissant la gestion floue de nos gouvernements successifs, ces organismes continuent à allouer des fonds et des prêts à notre pays sans chercher une solution de rechange ; comme dirait le comédien ivoirien Adama Daiko, « ils font exprès ou quoi ? »

En attendant de trouver une solution à ce gâchis, je vous offre les mangues de Guinée à consommer sans modération ; virtuellement parlant.

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Paul Théa.







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