Mes constats à N’Zérékoré. Par Paul Théa

Permettez-moi avant tout de présenter mes condoléances au peuple de Guinée, aux familles des officiers disparus et plus particulièrement à celle du Général Kéléfa ; il a été un copain de promotion et il fut un grand ami de mon ami d’enfance le colonel Sékou Souaré. Les corps sont arrivés le mardi 12 février quand j’allais prendre mon avion pour mon retour aux USA.

Mon séjour en Guinée a commencé par la présentation et la remise des médailles aux journalistes, à Papa Kouyaté et aux artistes des Ballets africains ; je profite de l’occasion pour remercier tous ceux qui de près ou de loin, ont aidé à Conakry ; la télévision guinéenne et Africable ont retransmis les images.

J’ai par la suite réalisé une autre comédie musicale avec le groupe de Cécé Paul Kolié et un documentaire sur Maitre Barry et son orchestre ; nous en parlerons plus tard.

A N’Zérékoré

Zalikwèlè est le vrai nom de cette ville de la Guinée Forestière située à près de 900km de la capitale Conakry ; hal (le h n’est pas muet) en kpèlè, veut dire médicament et zal, mon médicament ; kwèlè veut dire à côté, c'est-à-dire la proximité. Zal est le nom du petit marigot au centre-ville près du commissariat de police.

Alors littéralement Zalkwèlè veut dire à côté de mon médicament et le colon l’a transformé en N’Zérékoré.

Mon séjour a aussi commencé par la remise des médailles dont celle de mon père pour ses travaux et ses formations à la radio guinéenne ; grand moment d’émotion aussi.

Sans vraiment faire un travail de reportage, au gré de mes déplacements et des différentes rencontres, j’ai pu faire des constats sur le terrain.

De l’Université publique jusque derrière la résidence du gouverneur, il y a maintenant le goudron contrairement à mon dernier séjour en avril 2012 (certains parlent de premières couches) ; du commissariat au carrefour de Dorota et au-delà, des travaux partout.

Pour aller d’un point A à un point B, les différentes déviations m’ont contraint à avoir une idée des travaux en cours et donc de la transformation de la ville.

Il y a moins de poussières sur les grands axes grâce au goudron ; des travaux se font aussi la nuit pour être prêt pour la fête nationale (le 2 octobre).

L’électrification est en cours, des panneaux solaires ; je ne sais pas si tous les travaux seront finis le jour J.

Effet négatif inattendu, les taxis motos (il n’y a plus de taxi auto dans la ville), circulent à toute pompe donc les accidents se multiplient ; une dame me confiait qu’il y a plus de personnes renversées par des motos que par des voitures ; j’ai personnellement vu trois accidents motos ; le troisième, vers 23h, une moto dans le caniveau ; ses amis tentaient de le sortir de là.

Il y a eu des casses de maisons pour agrandir des axes et je ne sais pas s’il y a eu des indemnisations ; à l’Ossude par exemple, quartier huppé de la ville, la raison a prévalu et dans certains cas des maisons qu’il n’était pas nécessaire de casser ont été épargnées et seuls des murs cassés pour réduire la cour.

Il est prévu de casser le marché de l’huile de palme pour y construire un hôtel ; comme je connais un peu ce sujet, permettez-moi d’en parler ; en 1997, j’étais à N’Zérékoré quand les vendeurs de l’huile se lamentaient pour un bon emplacement.

Leur place était mal située, des camions qui s’embourbaient dans la boue pour transporter des futs d’huile ; bref c’était infernal ; alors les autorités avaient trouvé un site près de l’ancienne usine des contre-plaqués et les vendeurs devaient prendre les terres en bail et construire leurs magasins. En plus des magasins, il y a maintenant plusieurs commerces et c’est un poumon économique de la ville.

Ce site d’un hectare et demi environ selon mon estimation, doit être démoli pour y construire un hôtel ; j’y suis allé avec mon père qui m’a montré des croix rouges sur les bâtiments à détruire ; à mon avis, ce serait un fiasco économique sans nom et il n’y a même pas de solution de rechange et personne ne sait s’il y aura indemnisation.

Un jour, j’allais déposer des amis au village de Komou situé à 7km de la ville et chemin faisant, nous parlions des casses du temps du CNDD ; des villas pas loin de la radio rurale qui furent cassées pour un camp militaire ; il n’y a aujourd’hui ni camp, ni villas.

C’est à ce moment qu’un déclara « au fait en parlant de camp, regarde à ta gauche, le CNDD devait construire un camp militaire ici ; des bulldozers dégagèrent toutes ces zones sur des kilomètres ; des champs de riz et autres, ravagés sans préavis et dédommagement ; à ce jour ni camp, ni champs. »

Alors voici la perle de la fin ; j’avais réalisé en avril 2012, un reportage sur la Bibliothèque de N’Zérékoré et donc j’y étais retourné pour inviter le directeur à la remise de médaille de mon père ; il fut enchanté et il avait promis de venir avec son staff.

Deux jours plus tard, j’assistais à une réunion des ONG dans une annexe de la bibliothèque quand le directeur arriva pour s’excuser de son absence à la cérémonie. La raison, une longue réunion sur la démolition ou non de la bibliothèque et c’est le préfet qui a fini par dire de construire d’abord une bibliothèque avant de démolir l’actuelle. Le directeur me raconta cette conclusion avec un grand sourire qui en disait long sur les débats.

Pourquoi une perle, parce que N’Zérékoré avait une petite bibliothèque ; le directeur et les autorités ont tout fait pour avoir une aide ; la coopération française (si je ne m’abuse) a construit la bibliothèque actuelle pour la ville.

Si une commission a des fonds pour la fête de l’indépendance, pourquoi ne pas construire une autre bibliothèque dans un autre quartier ou tout simplement équiper celle qui est là ? Le directeur l’affirme dans mon reportage, depuis le départ de la coopération, la bibliothèque n’a plus de livres.

Alors pourquoi ne pas l’équiper plutôt que de penser à la démolir ? La « cassemanie » est décidément une maladie bien guinéenne.

L’enthousiasme des uns et des autres, différents projets dont celui de faire un documentaire sur la fête nationale, m’ont poussé à accepter d’y retourner en septembre.

Entre Mamou et Faranah ; entre Kissidoudou et Guéckédou ; et enfin entre Guéckédou et Macenta, les routes sont mauvaises ; après l’hivernage, elles seront dans un état indescriptible. Grands soucis en perspective puisqu’il n’y a plus d’avion commercial entre Conakry et N’Zérékoré.


Paul Théa

http://www.youtube.com/watch?v=diOdhePoZhg

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