Alpha Condé tente d'instrumentaliser les Nations Unies pour valider la mascarade électorale Par BAH Oury, 1er Vice-président de l'UFDG

Le jeu « du chat et de la souris » continue à Conakry entre Alpha Condé et ses opposants. Cette mascarade aurait pu nous amuser dans d'autres circonstances mais le bilan est tragique et macabre. En moins de deux ans, l’UFDG a enregistré près d'une trentaine de militants tués par les forces de l'ordre commanditées par Alpha Condé lors de manifestations pacifiques organisées en totale conformité avec les lois de la République de Guinée. Le processus électoral n'en a pas pour autant évolué, mais à contrario il s'est empêtré dans la confusion et l'opacité avec les bons soins d'une CENI « taillée sur mesure ». Tout ceci a été maintes fois dit mais une partie des responsables de l'opposition refuse de voir l'évidence,à savoir qu'Alpha Condé, ne lésinera devant aucun moyen pour avoir « une assemblée nationale totalement à sa botte ».

C'est dans cette optique, qu’il cherche à utiliser la communauté internationale pour crédibiliser la mascarade électorale qu'il a déjà préparée. Dans un premier temps, il a vainement cherché la caution de l'Organisation Internationale de la Francophonie de M. Abdou Diouf. Les différents rapports techniques de cette institution, résultants de l'audit du système Way-Mark n'ont pas occulté les faiblesses manifestes. A juste raison, M. Diouf a préféré adopter un profil bas pour préserver la crédibilité de son organisation.

Échaudées par les attitudes désinvoltes et imprévisibles du Chef de l'Etat guinéen, les Nations Unies s'étaient contentées jusqu'à présent de prises de position sans grande conséquence pour les autorités guinéennes. En effet,, l'injonction dés son investiture le 22 décembre 2010 de mettre fin à l'existence du Groupe International de Contact sur la Guinée d'une part et la réclamation au forceps du code d'encodage du système Sagem qui par convention était confié au PNUD-Guinée pour des raisons de sécurité afin d'assurer son intégrité d'autre part avaient déplu au plus haut niveau de l'organisation onusienne.

La demande formulée par le collectif des oppositions pour l'implication d’un « facilitateur international», relayée par le Gouvernement guinéen auprès du Secrétaire Général des Nations Unies, M. Ban- Ki- Moon apparaît là-aussi comme un jeu de dupes. M. Alpha Condé, obstinément cherche à se draper derrière une caution internationale pour faire « accepter la mascarade électorale prochaine ». Les Nations Unies se retrouvent malgré elles dans une position délicate au cœur de la crise guinéenne.

Déjà en signant le décret convoquant les électeurs le 30 juin 2013 sans attendre l'arrivée à Conakry du représentant officiel du Secrétaire Général de l'ONU et bon connaisseur du dossier guinéen, M. Saïd Djinnit, M. Alpha Condé place ce dernier devant le fait accompli. En effet accepter ce diktat enrobé de paroles mielleuses sur « un engagement solennel d'assurer la transparence des élections » et « le non recours à la violence » reviendra à valider l'ensemble du processus électoral mis en place. Ainsi Way-Mark sera l'opérateur technique malgré sa « disqualification » par les Nations Unies, le nouveau fichier électoral conçu de manière illégale et en dehors de toute transparence sera consacré comme acceptable, l'exclusion et la privation des droits de citoyens d'une partie des électeurs guinéens auront force de loi et enfin les protestations massives des guinéens et les violences répétées à leur encontre ne seront que de « détails périphériques sans importance ».

La crédibilité des Nations Unies et surtout de son secrétaire général est en jeu. Le dilemme est réel. Aller dans le sens des autorités guinéennes signifie purement et simplement pour les Nations Unies, désavouer des services compétents de son propre organisation à propos de Way-Mark. Ignorer délibérément les rapports pertinents du PNUD-Guinée et de l'OIF, négliger les recommandations avisées d'International Crisis Group et enfin tourner le dos aux forces de progrès en Guinée qui luttent pour sauver leur pays d'un prochain désastre humanitaire plausible ne peuvent pas être acceptables au regard de la charte des Nations Unies.

La mort le 25 avril 2013, du jeune Boubacar Diallo fauché à la fleur de l'âge est encore un mort de trop. Son élimination physique par balle, en marge de la manifestation pacifique et autorisée du collectif des oppositions illustre la violation flagrante de leur propre engagement par le pouvoir guinéen. Devant cette situation, les Nations Unies doivent faire respecter l'autorité de la loi même à un Chef de l'Etat, « démocratiquement élu». Ne rien faire sous prétexte que l'Etat guinéen est « souverain » ruinera durablement la crédibilité de l'Organisation mondiale.

Nous sommes persuadés que le Secrétaire Général des Nations Unies saura avoir la doigté et la finesse diplomatique pour ne pas « cautionner » la mascarade électorale que le pouvoir guinéen a déjà préparée. Avec Alpha Condé, la paix et la stabilité de la Guinée sont sérieusement menacées.

Il est urgent pour les Nations Unies de prendre conscience de la profondeur du drame guinéen avant qu'il ne soit trop tard.

Genève le 27 avril 2013

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